Le Barbier de Séville de Rossini par Olivier Braux,
Conseiller culturel de l’assocation des Amis du Festival d’Aix en Provence
Sous-titré La précaution inutile, parce que rien ne vaut contre les stratagèmes de l’intrigant Figaro – le cerveau le plus astucieux depuis Ulysse ! -, ce sommet inégalé de l’opera buffa est une grenade dégoupillée contre l’égoïsme et la misogynie et porte haut le triomphe de la jeunesse et de l’amour. Version pour orchestre de chambre et marionnettesAir de La Calomnie par Ruggero Raimondi – dir Claudio Abbado
Air de la calomnie en français par Thierry Le Luron
« Chers amis, Jean François Principiano avait réalisé cette rencontre virtuelle en 2020. Si le reconfinement n’est heureusement plus d’actualité, le climat d’inquétude est toujours bien présent et nous espérons que cette nouvelle lecture éclaire votre journée. » Elya Weismann.
RENCONTRE VIRTUELLE DE 2020, PAR JEAN FRANCOIS PRINCIPIANO
Dans cette période de reconfinement et ce climat d’inquiétude, il nous a semblé bon qu’Opéravenir propose une œuvre aux confins de la joie de vivre, du bonheur musical et de la légèreté tourbillonnante. Le Barbier de Séville de Rossini Le bonheur en Musique
« Monsieur Rossini faites-nous toujours des Barbier de Séville ! » L.V Beethoven
Un compositeur de 23 ans !
Gioacchino Rossini (1792-1868) alors âgé de vingt-trois ans à peine, commence à gagner en notoriété à travers toute l’Italie en composant opéras buffa et opéras seria. Avec ses partitions La Scala di seta (L’échelle de soie), Tancrède ou encore L’Italienne à Alger il engrange les succès. Pourtant c’est avec Le Barbier de Séville en 1816 (Il Barbiere di Siviglia), son dix-septième opéra qu’il gagnera l’immortalité.
La comédie de Beaumarchais avait déjà fait l’objet de plusieurs adaptations à l’opéra, parmi lesquelles la plus récente et la plus populaire était celle de Paisiello, suscitant une certaine attente du public pour comparer les deux ouvrages.
Une création problématique
Lors de la création à Rome, un grand nombre de rivaux de Rossini interrompent de manière intempestive le spectacle, déjà perturbé par un enchaînement d’incidents impliquant les chanteurs sur scène (un chat noir qui traverse la scène, la guitare du Comte Almaviva qui perd une corde, Figaro qui rate son entrée sous les fous rires du public…) Bref, dès la fin du premier acte l’opéra est sanctionné par les cris et les sifflets, c’est un fiasco !
La deuxième représentation connaît un accueil beaucoup plus favorable, et l’opéra gagne en popularité au fil des représentations jusqu’à devenir le plus grand succès du jeune compositeur italien.
Une comédie brillante de Beaumarchais (1732-1799)
La comédie de Beaumarchais créée en 1775, Le Barbier de Séville, fait la satire d’une société établie sur les privilèges de naissance. A Séville, au XVIIIe siècle le joyeux barbier Figaro aide le Comte Almaviva à conquérir la belle Rosine. Mais Rosine, qui n’est pas restée indifférente aux sérénades de son mystérieux soupirant, est jalousement gardée par le vieux Docteur Bartholo, qui compte bien, aidé du sinistre Don Basilio, épouser sa pupille au plus vite…
Que faire pour contrer les projets du vieux barbon ? Figaro n’est pas à court d’idées. Toutefois la première tentative échoue, et le Comte Almaviva, déguisé en « Lindor », un étudiant sans le sou, repartira penaud de la demeure de Bartholo ; la seconde escapade, elle, réussira, et au terme d’échanges de billets, de déguisements et de situations abracadabrantesques savamment réglées, l’amour de la belle Rosine et du Comte Almaviva, enfin rendu à sa véritable identité, finira par triompher.
Le Livret de l’opéra
Rossini compose l’opéra sur un livret en deux actes de Cesare Sterbini (1784-1831) qui édulcore un peu la critique sociale d’une société basée sur les privilèges de la noblesse. Par contre, il permet au compositeur, par son efficacité théâtrale, de développer son sens du comique en musique.
Acte 1 1er tableau : Un coin de rue à Séville. Le jeune comte Almaviva (ténor léger rossinien) est tombé amoureux de Rosina (mezzo-soprano coloratura), la pupille du docteur Bartolo (baryton basse) qui la séquestre et veut l’épouser. Sous le nom de Lindoro, il donne des sérénades à Rosina. Mais voici qu’il rencontre Figaro (baryton), qui était autrefois à son service et s’est finalement établi comme barbier à Séville. Par bonheur, Figaro a ses entrées chez Bartolo. Son esprit inventif cherche un moyen d’introduire le jeune comte Almaviva auprès de Rosina.
2ème tableau : Dans les appartements du docteur Bartolo. Rosina, qui répond à l’amour de Lindoro (Almaviva), lui écrit une lettre et la remet à Figaro. Un fourbe, don Basilio (basse), maître à chanter de Rosina, révèle à Bartolo les projets d’Almaviva. Lindoro, déguisé en soldat, se présente chez Bartolo et parvient à glisser une lettre à Rosina. Mais Bartolo s’en aperçoit. Il exige de voir la lettre, mais Rosina feint l’indignation et parle de s’enfuir, sur quoi Bartolo va fermer la porte. Mettant à profit cet instant d’inattention, elle retourne la situation et se joue de Bartolo en comédienne accomplie. L’acte se termine sur un crescendo endiablé (Guarda un po Bartolo)
Acte 2 1er tableau : chez Bartolo Le comte Almaviva se présente sous un nouveau déguisement, celui d’un élève de Basilio qui serait malade et l’aurait chargé de le remplacer pour la leçon de musique de Rosina.
Pendant la leçon de musique, les jeunes gens tentent d’échapper quelques instants à la surveillance du tuteur pendant qu’il se fait raser par Figaro. Coup de théâtre, Basilio arrive ! Figaro lui annonce qu’il a la fièvre scarlatine et qu’il doit immédiatement aller se coucher. C’est le maître en fourberie et en calomnie qui joue alors le rôle du ridicule, et le spectateur est ravi de voir son ahurissement croissant. Mais, en définitive, Bartolo est berné plus encore que Basilio. Le comte parvient à glisser un billet de rendez-vous à Rosina.
2ème tableau : Devant la Porte d’entrée de la maison de Bartolo. Figaro et le comte se sont introduits dans la maison grâce à la clé dérobée. Rosina repousse le comte, mais celui-ci n’a pas de mal, en dévoilant son identité, à la convaincre. Ils se préparent à s’enfuir discrètement.
Requis pour le contrat de mariage, Basilio et le notaire arrivent et produisent le document que signent Rosina… et Almaviva bien sûr ! Un pistolet et un bijou de prix convainquent Basilio d’accepter d’être témoin. Et Bartolo ne peut que s’incliner, et constater l’inutilité de ses précautions. L’inutile precauzione est d’ailleurs le sous-titre de l’œuvre.
Aisance, limpidité et insolence