Jeudi 27 et vendredi 28 mars 2025 à 20h -NAHARIN’S VIRUS- Le Liberté toulon
Chorégraphie Ohad Naharin
Danseur·euses de l’Ensemble Batsheva, saison 2024-2025 Zoe Bayliss Nagar, Zachary Burrows, Jesse Callaert, DanDan Cohen, Victor Duval, Eddieomar Gonzalez-Castillo, Shira Kestenboum, Larissa Leung, Ori Manor, Maya Marom, Celia Merai, Chase Peterson, Leann Reizer, Kelis Robinson, Noga Sneh
Apprenti·es Amit Ben-Yesh, Roee Mazurik, Naama Morad, Toam Suissa
Création lumières Avi Yona Bueno (Bambi)
Création musicale Dudi Bell
Création costumes Rakefet Levy
Réalisation costumes Zohar Shoef
Musique originale Karni Postel, Habib Alla Jamal, Shama Khader
Musique additionnelle Adagio for strings de Samuel Barber, interprété par Kronos Quartet, I Want de Paul Stokes & Pete Parsons, Ug de Mr. Scruff, Les Bulles de Carlos d’Alessio
Conseil musical Karni Postel
Édition sonore Frankie Lievaart
Texte Peter Handke (sauf les textes des danseur·euses)
Traduction française Jean Sigrid
Texte à propos de la pièce Shira Vitaly
Équipe artistique
Manager du Batsheva Ensemble Idan Porges
Responsable des répétitions et de la scène Gavriel Spitzer
Direction des répétitions Doron Raz Avraham
Direction de la Batsheva
Chorégraphe résident Ohad Naharin
Direction artistique Lior Avizoor
Direction générale Dina Aldor
Production Batsheva Dance Company
Dans cette pièce d’une beauté hypnotique, le célèbre chorégraphe résident de la Batsheva Dance Company, Ohad Naharin porte à son paroxysme ce qui fait sa renommée : la Gaga Dance. Cette gestuelle laisse de côté la technique pour se concentrer sur l’exploration des sensations corporelles. De quoi offrir aux danseurs une très grande liberté d’expression.
Quel est donc ce virus qui traverse cette pièce créée en 2001 par Ohad Naharin ? Celui de la danse, qui telle une transe s’empare par instants des corps ? Celui de la scène, qui pourtant n’est pas ce que l’on croit comme l’annonce d’emblée un maître de cérémonie en frac noir ? Ou celui de la déconstruction, à l’œuvre dans cette magistrale composition du chorégraphe israélien…
Sans doute tout cela à la fois, sans compter ce que chaque spectateur projettera sur un spectacle délibérément ouvert à toutes les interprétations. Car ce qui importe ici, c’est précisément la question de la représentation, avec ses enjeux codifiés, son public captif, ses intentions affichées et, in fine, son aptitude à se réinventer hic et nunc. En témoigne le tableau noir en fond de scène – un mur ? – sur lequel, au fur et à mesure, s’écrit le miracle renouvelé des gestes qui font sens. Au sens littéral, comme ce mot «Vous» calligraphié par une danseuse avec les courbes de son corps. Ou symbolique, tels ces dessins et ces gribouillis divers qui, en fin de spectacle, recouvrent la surface comme autant d’explications ou d’arrière-plans à un propos plus subversif qu’il n’y paraît. Le texte récité par les interprètes, Outrage au public de Peter Handke, résonne en effet comme une admonestation à secouer les certitudes d’un monde en noir et blanc, à l’image des costumes bicolores des danseurs. Dans cet espace troublé où l’idée même de création est remise en cause, seule reste finalement la puissance du geste. Celle de la Batsheva, sur la musique traditionnelle du compositeur palestinien Habib Alla Jamal, est prodigieuse. Elle offre des ensembles fascinants d’énergie commune, tout en laissant à chaque interprète une pleine liberté de mouvements. Naharin’s Virus agit longtemps dans la mémoire, tel un subtil parfum de subversion jubilatoire.


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